BERNWILLER « Le bio, ce n’est pas impossible ! »

Fils, petit-fils et frères de cultivateurs à Bernwiller-Ammertzwiller, Jérémy Ditner a entamé la conversion de l’exploitation familiale, la ferme du Krebsbach, à l’agriculture biologique il y a trois ans. Elle vient d’obtenir le label bio ce printemps.

Par Anne DUCELLIER – 05 juin 2020


Jérémy Ditner, 32 ans, dans l’un de ses champs de maïs : il cultive 85 hectares à Bernwiller-Ammerzwiller.  Photo L’Alsace /Anne DUCELLIER

Dans la famille Ditner, commençons par le grand-père, Léon, qui fonde la ferme familiale, l’EARL du Krebsbach, à Ammertzwiller. Le père Mathieu prend la suite à la fin des années 1970 et lance une première innovation, dès 1993, en étant un précurseur de la culture du miscanthus, sorte de roseau non envahissant, efficace contre les coulées de boue, cultivé pour le paillage des massifs ou comme combustible dans les chaudières… C’est aussi lui qui introduit le non-labour dans les années 2000 et réduit le recours aux produits phytosanitaires.

« Une issue logique »

En 2014, le fils aîné Jérémy, alors âgé de 26 ans, prend la cogérance de l’exploitation et poursuit sa profonde transformation. Le jeune homme a de la suite dans les idées, étayées par de solides connaissances techniques en productions agricoles, commerce, marketing et stratégie d’entreprise. Titulaire d’un bac scientifique décroché au lycée agricole de Rouffach, il a obtenu un BTS Agronomie en productions végétales et suivi une formation Agricadre à l’École supérieure d’agriculture (ESA) d’Angers.

Ses objectifs : convertir la totalité des parcelles familiales (85 hectares) à l’agriculture biologique et développer les circuits courts. « C’est un long cheminement et une issue logique par rapport à tout ce qui avait été entrepris par mon père », confie Jérémy Ditner. Il franchit le pas en 2017, en convertissant au bio une quinzaine d’hectares située en zone de captage. Le jeune homme se donne alors trois ou quatre ans pour convertir l’ensemble des surfaces. « Il y a de nouvelles notions techniques à appréhender, il y a aussi des notions de commercialisation : il s’agit de trouver les bons débouchés pour nos cultures. »

 Finalement, la conversion est plus rapide que prévu : dès 2018, soit à peine un an plus tard, le reste des parcelles est converti au bio. Depuis ce printemps, la ferme du Krebsbach commercialise toutes ses productions avec le label « agriculture biologique ».

Du temps et des moyens

« Nous avions quatre cultures différentes avant de passer en bio. Aujourd’hui, nous en avons huit, en rotation : maïs, soja, pommes de terre, carottes, chanvre, blé, associations de céréales et de légumineuses, ainsi que des mélanges de trèfle-luzerne », détaille Jérémy Ditner qui commercialise la plupart de ses produits en circuit court. Les pommes de terre sont vendues en direct, les carottes vont suivre cette année. Le chanvre est cultivé expérimentalement pour la filière textile de l’usine Emanuel Lang, à Hirsingue. Le maïs et le blé partent chez des collecteurs du secteur. Quant aux triticales/pois, trèfle et luzerne, « ils sont travaillés par des collègues éleveurs ».

Très chronophage, l’agriculture biologique exige une grande technicité. « Elle demande beaucoup de temps d’observation. Il y a des décalages, on doit gérer chaque culture à la parcelle. Il y a aussi plus de temps d’intervention qui nécessite une acquisition d’expériences, comme le désherbage mécanique. » Au volant de son tracteur, Jérémy Ditner bine ses champs de maïs pour enlever les mauvaises herbes. Il pulvérise des lactofermentations et des thés de compost. Il travaille sur la capacité de résilience des sols, l’autofertilité, la rétention d’eau… « Dès cet hiver, on va replanter de nouveaux linéaires de haies autour des parcelles. On adopte des stratégies agroécologiques pour rendre la ferme la plus autonome de sources d’intrants extérieurs et continuer à produire de manière sereine, même en période de crise. » Transition réussie pour le jeune cultivateur sundgauvien, qui le clame haut et fort : « Le bio, ce n’est pas impossible, c’est à la portée de n’importe quel agriculteur. Mais il faut avoir envie d’y aller. Il faut aussi avoir l’opportunité et les moyens de consacrer du temps à cette transition. » Il voit l’avenir en bio, avec ses deux petits garçons Léandre, 3 ans et demi, et Georges, 1 an, pas encore prêts à reprendre le flambeau !